Brouillard 2

Créez le brouillard stratégique (suite)

Publié le 31 juillet 2017

La chronique « Le baromètre » de Nicolas Rousseaux

Retrouvez les Chroniques d’Expert de Nicolas Rousseaux dans la Harvard Business Review France : http://www.hbrfrance.fr/experts/nicolas-rousseaux/

Le blog du 14 juin dernier mettait l’accent sur la nécessité d’anticiper plutôt que de subir les obstacles imprévus, la surprise des frottements avec une concurrence de plus en plus audacieuse. Et l’article de conclure : « Le chaos, ça marche. Organisez le, provoquez le, vous gagnerez. »

La post-vérité, journal de Troie du faux contre-pouvoir

Dans une ère qui voit naître des concepts tels que la « post-vérité » (fausse information tellement martelée avec application qu’elle devient factuelle) le mensonge se place comme acteur à part entière des systèmes médiatiques, une sorte de ‘fait’ en soi à intégrer dans le paysage de l’actualité, tout comme les théories du complot.

Or, le fond de notre pensée ne consiste pas à mettre en valeur ces techniques d’occupation des réseaux sociaux ou de manipulation des talk-shows, nombre de spécialistes en l’espèce, des attachés de presse aux lobbies, maîtrisent déjà à la perfection les fils de ce théâtre de poupées médiatiques.

Au contraire, l’idée que nous développons ici consiste à prendre à revers, et en amont, ces poids lourds de la pression continue dans nos pratiques stratégiques, afin d’éviter d’en être les cibles ou les victimes passives, en aval.

Prenons quelques exemples symboliques d’un renversement du chaos à son profit. Quoi de mieux en effet que de pré fabriquer du « b…l ambiant » afin de semer la perturbation chez son adversaire, et donc de gagner du temps.

Magnus Carsen, norvégien de 25 ans, plus jeune champion du monde dans l’histoire du jeu d’échecs. A son tableau de chasse, Karpov, Kramnik… Le problème de ses opposants n’est plus de comprendre la tactique du jeune homme, mais de trouver des contre-attaques devant des choix qui apparaissent incompréhensibles. L’objectif de Carsen est clair : compliquer le jeu au maximum. Son objectif n’est pas d’atteindre la perfection pour gagner, mais de faire en sorte que son adversaire soit le plus déconcerté possible.

Les stratégies obliques de Brian Eno

Autre exemple dans le monde, lui-même on ne peut plus chaotique de l’industrie musicale. En 1976, quand David Bowie, Iggy Pop et Brian Eno (ex Roxy Music) se donnent rendez-vous à Berlin en pleine guerre froide. Sans aucune idée préconçue, ils vont produire sur place cinq albums extraordinaires, en provoquant des situations extraordinaires : Low, Heroes, Lodger pour David Bowie, Lust for Life et The Idiot pour Iggy Pop. Rien que ça !

Devenu brillant producteur, c’est là-bas que Brian Eno invente l’astuce des « Stratégies obliques ». Afin de pousser chaque artiste à fond dans son processus créatif, de le sortir de son confort naturel, de son cocon répétitif, il met en place un jeu de cartes bizarroïde. Avant chaque session, chacun des musiciens est inviter à piocher dans le chapeau et tirer une carte : « échangez vos instruments », « regardez l’ordre dans lequel vous faites les choses », « soulignez vos défauts »…

Cette « perturbation aléatoire », créatrice de désordre volontaire, peu éloignée des principes de la fertilisation croisée, ouvre des perspectives impensables autrement. La montée d’un brouillard imprévu sur un champ de bataille, mal utilisé, peut finir en bouillie, alors que si celui-ci est provoqué et accompagné, des sommets magiques apparaissent à notre portée.

Nicolas Rousseaux

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