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Ce qu’il faut retenir de Vivatech avec une semaine de recul : quelles sont les trois grandes tendances de l’innovation en France ?

Publié le 4 juin 2018

En circulant entre les allées du « CES à la Française » force est de constater que l’ambition est réaffirmée cette année au vu des têtes de pont agitant les stands et figurant au programme des conférences : Emmanuel Macron, Mark Zuckerberg, Bernard Arnault. Tous réunis pour « penser » (le mot de plus utilisé des discours) le monde de demain. L’occasion pour Bengs d’aller prendre le pouls de l’innovation aux côtés des plus grands.

L’impression est futuriste, mais fugitive. En dehors des stands à sensation, beaucoup d’innovations surfent sur des thématiques qui peuvent sembler éculées : les robots, l’intelligence artificielle, les objets connectés, le tout électrique…Quoi de neuf docteur ? Difficile d’évaluer la maturité de ces marchés. Bengs s’y est donc rendu avec une question en tête : au-delà des innovations gadgets, quels sont les grands chantiers des prochains plans quinquennaux, pour pérenniser le business de son entreprise ? Une interrogation qui servira de fil rouge et de réponse aux mutations décelées à l’état d’embryon ou confirmée largement lors de ce 3ème salon de l’innovation.

 

MODE DE VIE _ La smart mobility : d’un enjeu technique à un enjeu réglementaire

Tous les grands acteurs de la mobilité urbaine (ou presque) étaient représentés à Vivatech : des vélos Vélib’ en libre-service aux solutions de scooters partagés, développés par Scoup et City Scout en passant par les concepts plus avant-gardistes de voiture drone développée par Audi et Airbus, de navette autonome Navya développée par Keolis ou encore de navette aquatique Sea Bubble : les évolutions techniques des algorithmes de stabilisation des drones et l’appropriation des langages de Machine to Machine par les industriels se donnent pour objectif d’optimiser la gestion des flux de la ville du futur. L’hoverboard est derrière nous. La ville connectée est en marche, les modes de transports sont autonomes et tout digital, les deux pré requis auxquels sont d’ores et déjà confrontées collectivités et entreprises résident dans la définition rapide du cadre juridique et légal à même de garantir le développement effectif de ces solutions et dans la sécurisation des hardwares connectés en Machine to Machine (voitures, scooters etc) : la cybersécurité et l’adaptabilité du cadre réglementaire sont les clefs de voûte de la mobilité de demain.

 

L’Afrique à la pointe. Autre tendance majeure de ce salon, la prépondérance du rôle dévolu à l’Afrique : avec pas moins d’une centaine d’entreprises présentes, en provenance de 15 pays, parmi lesquels 6 ont installé leur pavillon : le Maroc, la Tunisie, le Sénégal, le Rwanda, l’Afrique du Sud et le Nigeria, sans oublier les multiples conférences pariant sur l’explosion du marché africain. L’éco mobilité aura également été fortement plébiscitée de l’autre côté de la Méditerranée. Awsomity, une start-up rwandaise, basée à Kigali a récemment gagné avec sa solution d’éco mobilité un appel à projet de 20 millions lancé par Volkswagen. Gifted Mom entend résoudre les problèmes de santé pour les personnes ne pouvant se déplacer. La société emploie 12 personnes à plein temps autant de médecins disponibles 7/7j répondant en temps réel aux questions posées des patients en via une application qui compte aujourd’hui plus de 130 000 utilisatrices. L’objectif : passer à 700 000 d’ici la fin de l’année prochaine. Ces initiatives ne restent pas isolées, Zipline entend devenir une plateforme d’échange de matériel médical par Drone pour lutter contre les disparités territoriales, Sunubus et Smart taxi de géolocaliser bus et taxis pour fiabiliser les services de déplacement… Depuis 2012, les montants levés par les start-ups sur le continent africain ont été multipliés par 9, pour des projets dont la technicité n’a rien à envier à ses voisins occidentaux et qui ambitionnent de s’attaquer aux inconsistances territoriales.

 

MODE DE TRAVAIL _ Future of Work : entre révolution des modes de travail et travailleurs augmentés

Surfant sur le succès des big devices comme les tableaux et grands écrans interactifs, de nombreuses suites progicielles de data visualisation ou de visual management s’invitent en entreprise pour faciliter l’échange et repenser l’expérience du travail collaboratif, à l’instar de Klaxoon ou Ubikey qui proposent des canvas classiques d’outils de conseil (business model cavas, Gantt, arbres décisionnels) stockés en cloud et modifiables en ligne, en simultané, en temps réel et depuis plusieurs devices : la révolution des nouveaux modes de travail se poursuit en se dotant des outils qui permettent la synthèse de l’ATAWAD (Any Time AnyWhere Any Device), du Design Thinking et du tout collaboratif.

Vivatech 2018 aura également marqué la démystification de l’intelligence artificielle, et soulevé par la même occasion les problématiques afférant à la nouvelle place de l’homme augmenté en entreprise. Et plus largement de l’humain dans le digital. A l’image de petits robots développés par Pepper et qui proposent de délester les travailleurs de toutes les activités à faible valeur ajoutée dans le secteur des services. Ils sont dotés de capteurs permettant reconnaissance vocale et visuelle. Les différentes start-up partenaires y greffent chacune leur propre intelligence artificielle et proposent des solutions permettant pêle-mêle de faire faire des photocopies ou des scans au Robot, de lui faire faire des présentations et répondre aux questions, d’établir des connections entre différents applications et device etc. Les robots sont des enveloppes plus ou moins techniques qui permettent aux intelligences artificielles de réaliser des taches rébarbatives, répétitives à faible valeur ajoutée et de plus en plus facilement automatisables: elles promettent aux employés de utilisateurs de gagner temps pour se consacrer aux taches plus importantes, à leur coeur de métier. Autre nouvelle incursion de l’intelligence artificielle: dans la santé avec Angel, la première nurse virtuelle supportée par l’intelligence artificielle, elle alerte, elle rappelle, elle suit la prise de traitement pour les malades, pour les enfants et promet de diminuer la charge mentale des mamans.

L’homme augmenté le sera aussi physiquement, côté usine, sur le stand Bouygues on aura vu apparaître des chariots robots, ou des brouettes intelligentes, capables de suivre leur « maître » tout en esquivant les obstacles. Coté chantier et santé on assiste au développement des exosquelettes, après les exosquelettes de l’armée, permettant de porter des charges lourdes, place aux exosquelettes dans le secteur de la santé ; et notamment celui de Wandercraft travaille sur des prototypes promettant à des handicapés de marcher à nouveau.

 

MODES DE CONSOMMATION _ Les trois leviers de l’expérience client : toujours plus pratique, toujours plus personnelle, toujours plus théâtrale.

Sublimer l’expérience, encore et toujours plus de théâtralisation. Côté Retail, pas de grand bouleversement sur le salon. Chez LVMH les bouteilles de champagnes sont connectées et clignotent en simultanée, et les promontoires de montres deviennent rotatifs permettant d’afficher la gamme sélectionnée parmi celle proposée sur la tablette tactile du magasin. De nombreux programmes de réalité augmentée et de réalité virtuelle proposent aux visiteurs une expérience différente de la marque et de l’instant d’achat. La start-up Qwant formule un concept plus avancé an proposant à l’aide du casque Hololens de Microsoft, d’ajouter une réalité augmentée en rapport avec les programmes télé (afficher les statistiques du match que l’on regarde sur sa table basse est désormais possible). Les miroirs connectés de l’Oréal enfin, permettent de recommander la meilleure couleur selon le teint du client, et de bénéficier d’une simulation visuelle en temps réelle. Cette année le théâtral peine à dépasser l’expérientiel.

 

Se donner les moyens de la synthèse offline / online. Notons également, la démultiplication des solution phygitales permettant de faire le pont entre offline online. Longtemps la question s’est posée la question. Premières pistes envisagées : le retargeting offline consiste à restituer l’historique de navigation et d’achat online en magasin, à connecter le profil digital du client, avec ses envies lors de la visite et avec l’éco système de l’entreprises (tailles, couleurs, états des stocks, délai de livraison). Cette solution est proposée par de nombreux éditeurs dont la solution software est placée entre les mains de vendeurs via des tablettes. Autre option cette année : remplacer le vendeur par une IA comme celle de Blackout Technologie et accueilli par un robot comme ceux de Pepper Technologies.

 

Faciliter le paiement pour le consommateur. L’autre grand challenge dont se sont emparés les innovateurs : la facilitation du parcours de paiement, et notamment des dernières actions de conversion. ICARe propose de payer via NFC à l’aide d’une simple bague. Ce dispositif est en cours de partenariat avec l’une des marques de LVMH. Poursuivant un objectif similaire, Oyst est un plug-in qui permet l’achat en un clic pour les sites qui ont adopté cette solution (l’alternative à Amazone Pay). Le client rentre ses informations une fois pour toute dans le plug-in et un bouton d’achat en un clic apparaît dès le catalogue (une solution qui permet de multiplier le taux de conversion par deux).

Résolument, Vivatech 2018 aura enterré le statut de buzzwords de bon nombre d’innovations et consacré l’année des premiers usages concrets de la blockchain, de l’intelligence artificielle et de la domotique. Trois sujets pour lesquels dans toutes les industries des uses cases ont été identifiés avec des effets tangibles sur le business. Cela n’a pas empêché de se dessiner certaines tendances de fond autour de ce que permettront de faire d’autres innovations comme les supercalculateurs quantiques. Rendez-vous en 2019.

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